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La nature à la une


Les poissons protégés


Chabot commun - Cottus gobio - Hans Hillewaert

En France, il faut remonter à 1988 (Arrêté Ministériel du 8 décembre) pour trouver une liste de 19 espèces de « poissons protégés ». Parmi elles figurent les lamproies, le saumon Atlantique, les truites (Salmo trutta spp.), l'ombre commun, les aloses, le brochet, la vandoise ou encore la bouvière. Ce ne sont toutefois pas ces espèces en tant qu'individus qui sont protégées mais uniquement leurs pontes (destruction et enlèvement des œufs interdits) ainsi que leur milieu de vie, notamment de reproduction (destruction, altération et dégradation interdites). Seul l'esturgeon européen qui ne subsiste plus que dans le bassin de la Gironde bénéficie d'une protection intégrale (AM du 20 décembre 2004).

Localement, des arrêtés préfectoraux (relatifs à l’exercice de la pêche en eau douce) interdisent ou limitent les captures de certaines espèces. Par exemple en Vienne (saison 2010/14), le saumon atlantique, la truite de mer, l'anguille européenne en avalaison sont interdites de capture. Le brochet, le sandre, la truite commune de rivière, parmi d'autres, ont une capture limitée à certaines périodes et à certaines tailles.

Au niveau européen, la convention de Berne (CB) de 1979 puis la Directive Habitats-Faune-Flore (DH) de 1992 listent un large panel d'espèces à des niveaux de protection différents. Selon les annexes dans lesquelles elles sont listées, ces espèces peuvent être soumises à une protection stricte (DH), nous y retrouvons l'esturgeon européen. Elles peuvent également inciter à la création de zones Natura 2000 (DH) : lamproies, esturgeon européen, aloses, saumon atlantique, bouvière, chabot commun... ou encore engager les pays signataires au maintien hors de danger des populations de lamproies, d'aloses, de spirlin, de hotus, d'able de Heckel, de bouvière, d'ombre, de saumon atlantique, de silure... (CB).

L'application de ces textes doit toutefois tenir compte de l'aspect patrimonial local des espèces citées. En effet le silure en France ou l'ombre dans le bassin de la Vienne sont des espèces introduites.

Enfin, au niveau international, la convention de Washington (CITES) réglemente le passage aux frontières et liste l'esturgeon européen (interdit) et l'anguille européenne (réglementé).

À noter que l'évolution de la systématique peut amener à invalider certains textes, par exemple l'espèce Cottus gobio (chabot commun) précédemment citée n'est reconnue que dans l'est de la France et le chabot fluviatile Cottus perifretum nouvellement décrit et présent dans nos bassins n'est cité dans aucun texte réglementaire. Idem pour la vandoise, récemment remplacée dans nos régions par la vandoise rostrée.

Comme l'indique l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature dans sa liste rouge de 2009, plus d'une espèce sur cinq est aujourd'hui menacée de disparition. Ce constat aurait pu inciter le législateur à actualiser la réglementation, notamment nationale, qui apparaît aujourd'hui comme bien obsolète.

Alban Pratt