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La nature à la une


Les poissons migrateurs


Accouplement de lamproies de planer dans le ruisseau des Dames - Alban Pratt

Comme toutes espèces animales, les poissons dits « d'eau douce », pour satisfaire leurs besoins biologiques et physiologiques, sont animés par trois grandes activités : s'alimenter, se reposer et bien entendu, se reproduire ; tout ceci avec le but ultime d'assurer la pérennité de leur espèce.
La complexité de leur milieu de vie, les hydrosytèmes continentaux, ne permet qu'à peu d'espèces nécessairement opportunistes de satisfaire ces 3 fonctions en un même lieu. Toutes les autres sont donc contraintes à des déplacements parfois importants qui, lorsqu'ils sont orientés et périodiques, sont appelés migrations. Ainsi, de très nombreuses espèces de nos poissons d'eau douce peuvent être considérées comme migratrices.

Lorsque l'ensemble de leur cycle de vie se déroule dans un même grand milieu, par exemple en eau douce, on parle d'espèces holobiotiques (qui restent dans le même milieu) potamobies (eau douce), à la différence des espèces holobiotiques thalassobie, strictement marines.
Parmi ces espèces d'eau douce, beaucoup opteront pour une migration longitudinale, les amenant vers l'amont pour se reproduire (notamment les espèces dites lithophiles : pondant sur des supports minéraux plus fréquents en altitude) puis à dévaler (juvéniles ou adultes survivants) pour rejoindre des secteurs avals plus propices à leur croissance. C'est le cas par exemple de la truite commune, du chevaine, du vairon, de la lamproie de planer...
D'autres effectueront des déplacements transversaux, migrant vers les bras morts, les plaines inondées, pour s'y reposer, y trouver une nourriture riche et/ou s'y reproduire. C'est le cas de plusieurs espèces dites phytophiles : pondant sur des supports végétaux. L'exemple le plus probant étant le brochet qui investi les bras morts et les prairies lors des inondations d'hiver. De nombreux cyprinidés de plaine (gardons, carpes...) suivent à leur manière ce modèle.

Chez certaines espèces, les conditions nécessaires à l'accomplissement de leur cycle de vie les poussent à quitter leur lieu de naissance pour passer une partie de leur vie dans un autre milieu : les espèces amphihalines.
Plusieurs poissons qui naissent ainsi dans nos cours d'eau dévalent, après quelques adaptations physiologiques, vers l'océan pour y grandir et, à l'aube de leur maturité sexuelle, feront le voyage inverse. Ils sont dits potamotoques. Le saumon atlantique, la truite commune (forme marine), les aloses, les lamproies marines et fluviatiles, pour ne citer qu'elles, procèdent ainsi, effectuant des très longs voyages pouvant atteindre plusieurs centaines de km.
D'autres enfin, les thalassotoques, font tout l'inverse : les mulets ou le flet, par exemple, nés en mer, remontent vers les zones douces des fleuves côtiers. Nous citerons également dans cette catégorie l'anguille : championne de la migration la plus longue qui rejoint nos cotes et nos cours d'eau depuis la mer des Sargasse, son lieu supposé de ponte.

Ces exigences écologiques imposent bien entendu que les espèces puissent circuler librement.  Dans notre département qui est couvert essentiellement par le bassin de la Vienne, cette circulation est très inégale  d'un cours d'eau à l'autre selon l'importance et le nombre d'obstacles anthropiques.  Depuis l’arasement du barrage de Maisons-rouges qui bloquait totalement les axes Vienne/Creuse et l'aménagement  de nombreux autres seuils, ces migrateurs réussissent, non sans difficultés, à réinvestir certains sites de reproduction,  notamment sur les secteurs avals de la Gartempe et la Vienne mais de très gros efforts restent à poursuivre...

Alban Pratt