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La nature à la une


Crues et inondations


Crue de l'Auxance à Quinçay - Nicolas Tranchant

Ces phénomènes, qui donnent lieu chaque année à de nombreuses alertes, sont pourtant liés au fonctionnement naturel des cours d'eau. La crue d'une rivière est la conséquence de plusieurs causes conjuguées qui augmentent son débit au point de la faire sortir de son lit : le lit mineur délimité par les berges. L'inondation est la résultante de ce débordement qui se développe dans le lit majeur correspondant au maximum d'étendue des eaux observé en période de crue. Les déclencheurs d'une crue sont divers mais des précipitations sur une longue période, un orage brusque et violent, l'écoulement des nappes souterraines en sont les facteurs essentiels dans nos régions de plaine. Ces différents facteurs sont aggravés par les atteintes à l'environnement que l'on observe depuis des décennies à l'échelle des bassins versants : arasement des haies, déforestation, disparition des fossés, des mares et des prairies, conséquences des opérations de remembrement liées aux modifications des pratiques agricoles. Toutes ces composantes du paysages ont un rôle d'éponge ou de rétention des volumes d'eau. Les faire disparaître correspond à favoriser le ruissellement au détriment de l'absorption et augmente ainsi la rapidité et l'importance du phénomène de crue.

Le rôle des crues et des inondations est particulièrement nécessaire au maintien de la biodiversité des vallée alluviales. Le dépôt d'alluvions lors des crues enrichit les terrains du lit majeur et débarrasse d'autant la rivière du surplus de matière organique. Le cortège des prairies inondables est particulièrement favorable à certaines espèces d'oiseaux, soit en période de migration, soit en période de nidification. C'est notamment le cas du râle des genêts, du combattant varié, de la barge à queue noire, entre autres. La vallée inondable de la rivière Biebrza en Pologne constitue ainsi pour ces oiseaux le meilleur refuge européen. Chez les poissons, le brochet est dépendant du niveau d'inondation des praires et fossés pour déposer ses œufs, entre février et avril. Si ces conditions ne sont pas remplies les effectifs de brochets peuvent chuter.

La gestion des crues et des inondations est en fait une question d'aménagement du territoire. Alors que les anciens prenaient soin de ne pas construire en zones inondables, l'urbanisation galopante, et pour tout dire anarchique, des 50 dernières années est allée à l'encontre de ces règles de bon sens. Ajoutés aux facteurs déjà évoqués plus haut, les crues sont devenues des phénomènes d'autant plus dangereux qu'une part non négligeable de la population est désormais exposée à de brusques montées des eaux. La remise en état d'un couvert végétal adapté pour faciliter la rétention d'eau, le respect des zones inondables naturelles, le maintien des praires et des forêts alluviales, font partie des actions nécessaires à la gestion raisonnée des crues et des inondations.

Olivier Prévost