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La nature à la une


« La griffe et la dent »: une référence oubliée.

Filmer la nuit les animaux dans leurs habitats en minimisant le dérangement dans les limites du possible reste un défi que bien peu de cinéastes animaliers ont cherché à relever. Ce qui est bien compréhensible quand on sait déjà le prix des images réalisées à la lumière du jour. Pourtant en 1976 déboulait au festival de cannes, « La griffe et la dent », gageure cinématographique proposée par les « Cinéastes animaliers associés », François Bel et Gérard Vienne, aujourd'hui tous deux disparus.

Déjà connu pour l'extraordinaire « Territoire des autres » (1970), révolutionnant le cinéma animalier sur tous les plans, les deux réalisateurs présentaient avec « La griffe et la dent », bien plus qu'un documentaire. Ce film de 90 minutes dédié à la faune africaine, allait s'imposer comme une nouvelle borne dans la façon de filmer les bêtes et leurs comportement. Plus encore, ce film dévoile pour la première fois et sans aucun trucage, la vie nocturne de la savane, où la lutte pour survivre des uns et des autres (chasseurs et chassés) ne laisse aucune place à l'anthropomorphisme. « Ce n'est pas un film sur les animaux mais un film avec les animaux » (P. Moinot).

Selon les mêmes principes de réalisation éprouvés pour le « Territoire des autres », les images sont la pour montrer, sans parti prit scientifique, dans une volonté contemplative, la violence des nuit sauvages d'Afrique de l'est. Aucun commentaire ne vient troubler la partition sonore où se mêlent enregistrements en nature, percussions et sons de synthèse. L'enregistrement stéréo donne une profondeur extraordinaire à l'environnement sonore qui baigne les images qui sont pour beaucoup exceptionnelles. La violence de la prédation est ici montrée sans far. On se trouve invité au banquet des lions, au cœur des carcasses mises en pièces dans un concert de grognements, de mastications, d'avide léchage sanguinolent...sans aucune complaisance ni compassion. Le montage qui peut paraître parfois déconcertant reste pourtant l'une des forces du film. Alternant plans séquences (parfois proches de 2 minutes) et suites d'images rapides, parfois presque subliminales, nous progressons d'un paysage de l'aube de l'humanité, ensoleillé et presque idyllique vers l'obscurité et les traques nocturnes.

Pour réaliser cette œuvre remarquable les auteurs ont eu recours à un matériel particulièrement sophistiqué et créé pour l'occasion. Filmer en 35 mn couleur la nuit nécessite une source lumineuse qui fut généré par deux projecteurs puissant permettant de filmer les sujets entre 30 et 60 mètres de distance. Un mini studio d'enregistrement installé dans un véhicule tout terrain assurait les enregistrements stéréo, un habitacle étanche en métal servait d'affut longue durée protégé des prédateurs, etc. Au total 70 km de pellicule, des dizaine d'heures d'enregistrement et un film inimitable, hors du commun et toujours fascinant.

DVD diffusé par les films du Paradoxe http://www.filmsduparadoxe.com/
Seul ou en coffret (L'harmonie de la terre) avec « Le territoire des autres » et « L'arche et les déluges ».

Olivier Prévost