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Autour de la nuit


Brame du soir


Brame du cerf - Laurent Bourdin

Septembre, Octobre, la chasse est ouverte. Ce soir, le cerf part en conquête, pour la survie de l'espèce.
Les biches, réunies en harde dirigée par une meneuse, le plus souvent accompagnées des faons de l'année, le "sentent" et sont naturellement excitées. Car le mâle en rut s'annonce par une odeur inoubliable, musquée, sauvage, sucrée, rugueuse. Il s'est volontairement souillé, de boue, d'urine, de sperme, prêt à impressionner aussi ses rivaux et à les affronter tête baissée. Très rapidement le bruit de leurs bois entrochoqués va résonner dans la nuit de la forêt.
Mais pour exprimer sa puissance reproductrice et sa tension sexuelle, pour avertir les unes comme les autres, le cerf brâme... un son étrange, guttural, prolongé.

Écouter le brame du cerf :
source : http://www.marchelibre.be/lebrame.htm

Les femelles attendent, broutent presque tranquillement dans la pâture, mais les oreilles agitées. Elles entendent, écoutent, comparent les mâles invisibles mais sonores qui s'interpellent et se jaugent. Ils approchent, calmement, un six cors, suivi d'un neuf cors, qui piétinent et tournent un peu puis se lancent l'un vers l'autre. Combat, poussière, un petit renard égaré cherche à fuir.
Soudain "il" se présente, efflanqué, certes, mais bien campé, solide et fier de ses onze cors, avec une force et une énergie incomparables. Déjà accompagné de deux femelles, séduites un autre soir, il avance avec assurance, toujours en brâmant, vers le groupe.
Dans la pénombre, la silhouette de ce cerf forme une masse irréelle, son appel définit un charme magique. Tumulte et cavalcade. La suite reste secrète.
On se souvient de la description de Michel Tournier, dans le roi des Aulnes :"Là, je brame. C'est comme un rot profond et prolongé, qui semble monter de mes entrailles et qui fait longuement vibrer mon cou. En lui s'exhale tout l'ennui de vivre et toute l'angoisse de mourir".

Mary Kang


Mise à jour de la page : 01/2013