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Autour de la nuit


Engoulenvent d'Europe


Engoulevent - Caprimulgus europaeus - Sébastien Bertu (Flickr)

Par sa propension à venir la nuit chasser les insectes dans la pacages et jusque dans les étables, on a cru dès l'antiquité, qu'émissaire de l'esprit des ténèbres, l'engoulevent venait téter les chèvres pour en tarir le lait. Il est donc le « tête-chèvre » en France et dans plusieurs pays européens. On le nomme aussi « crapaud volant » en raison de sa très grande bouche. C'est une autre croyance qui est à l'origine de son appellation vernaculaire actuelle : volant la bouche ouverte (ce qui est faux), l'oiseau « engoule le vent », et donne l'expression charentaise « bader la gueule comme un engoulevent ». En Poitou, c'est le «cllouque » ou encore la « frëjouâ » par affinité avec la chouette.

Dans la première semaine de mai  retentit le chant si original de l'engoulevent de retour d'Afrique orientale. Delamain le compare au ronronnement produit par le rouet d'une fileuse, d'autre à celui d'un moteur de petite cylindrée, peut-être celui d'un Solex sujet à quelques problème de carburation ! Ce chant ventriloque est émis posé sur une branche à hauteur moyenne, et laisse place à  des « houit » retentissants dès que l'oiseau prend son vol, qui est aussi l'occasion de claquements d'ailes sonores. Le chant de l'engoulevent démarre au crépuscule parfois dès le soleil couché mais le plus souvent dans une pénombre bien avancée. Il s'interrompt la nuit pour reprendre de façon plus diluée avant l'aube. Les phrases ronronnées peuvent durer plusieurs minutes sans réelle interruption, hormis quelques ratés.

L'engoulevent est un oiseau d'habitats semi ouverts privilégiant les lisières douces où surgissent des arbres isolés. Il évite la forêt dense et ne fréquente les prairies que pour y chasser les insectes qui composent son alimentation : coléoptères, lépidoptères, tipules, orthoptères, etc.
Le plumage cryptique de l'engoulevent en fait un oiseau confiant dans son mimétisme, et c'est au dernier moment qu'il s'envole devant le promeneur, découvrant deux œufs couleur de litière.  En Saintonge on croit que cet oiseau couve ses œufs uniquement des yeux, comme l'autruche. En fin d'été, les engoulevent se posent sur les routes forestières, peut-être pour y trouver la chaleur accumulée par le macadam au cours de la journée. Le reflet rougeâtre de leurs yeux dans les phares permet de les localiser facilement et c'est aussi un bon moyen pour observer l'oiseau qui se laisse volontiers approcher. Malheureusement cette habitude leur coûte fréquemment la vie.  Promeneur nocturne, attention aux yeux rouges sur les routes de septembre !

Olivier Prévost

 


Mise à jour de la page : 01/2013