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La nature à la une


Chouettes et hiboux


Chouette hulotte - photo : Peter G Trimming - Flickr

Parmi les oiseaux nocturnes les chouettes et les hiboux sont sans conteste les plus connus (nous verrons plus tard qu'ils ne sont pas les seuls). Sans doute aussi parce que depuis la nuit des temps ils incarnent avec quelques autres le mystère de l'obscurité et sont le ferment de nombreuses croyances. Pour cela, ils furent cloués en nombre sur les portes des granges afin de conjurer le mauvais sort.

Non seulement ces oiseaux ont la capacité de se mouvoir dans la pénombre mais leur vol est parfaitement silencieux, et leurs cris au cœur de la nuit en surprennent encore plus d'un ! D'ailleurs, ils constituent toujours un ingrédient incontournable des scènes nocturnes au cinéma, où c'est d'ordinaire et sans grande originalité, la chouette hulotte qui s'y colle, en Europe du moins !


Gauche : Chouette hulotte - photo : Peter G Trimming - Flickr / Droite Chouette chevêche - photo : © Exfordy

Écouter la Chouette hulotte :

Écouter la Chouette chevêche :

Pourtant si la chouette ou le hiboux représentent pour la plupart d'entre nous l'archétype de l'oiseau de nuit, il ne s'agit là que d'une demi-vérité, car au sein de leur cohorte forte d'un peu plus de 200 espèces au monde, seulement la moitié ont des habitudes nocturnes et peut-être seulement 30 % le sont strictement ! Dans notre région il n'est pas rare de voir la petite chevêche d'Athéna chanter sous le soleil, et il faut bien que les chouettes nordiques s'accommodent du soleil de minuit ! A l'opposé la chouette hulotte ne sort qu'à la nuit noire et s'y cantonne résolument.

Issus d'un ancêtre commun, ces oiseaux se sont différenciés il y a environ 50 ou 60 millions d'années, occupant les niches écologiques nocturnes laissées vacantes par les autres oiseaux prédateurs. Leur mode de vie les contraint donc à rechercher leurs proies par une lumière très faible voire absente. En dépit de leurs très grands yeux adaptés à ces conditions si particulières (indice crépusculaire de 3 à 10 fois supérieur au nôtre), ces oiseaux ne voient rien dans le noir.

C'est donc grâce à une ouïe hyperperfectionnée qu'ils peuvent repérer les bruissements des micromammifères sur le sol. L'écartement des conduits auditifs, mais aussi, chez certaines espèces très nocturnes l'asymétrie dans la position de ces conduits, sont les deux facteurs qui permettent une vision auditive en 3D de l'environnement des rapaces nocturnes. Grâce à leur disque facial qui joue le rôle d'une parabole amplifiant le son vers les conduits auditifs, ils captent dans le plan horizontal les basses fréquences (décalage temporel) et dans le plan vertical les hautes fréquences (distance et hauteur).

Si l'on ajoute à cet équipement une structure du plumage supprimant les vibrations ultrasonores qui pourraient renseigner les rongeurs de l'arrivée du prédateur, et gêner celui-ci dans sa quête de proies, on obtient un ensemble d'adaptations très spécialisées, mais que certaines espèces de chouettes ou de hiboux ont abandonné en raison de leurs mœurs diurnes.

Olivier Prévost