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Autour de la nuit


Voir la nuit

« Voir la nuit » ou du moins optimiser son système « visuel » à la vie nocturne nécessite de développer certaines adaptations qui compensent le manque de lumière. Il peut donc s’agir soit d’une modification du système permettant la vision oculaire diurne, soit d’un autre système de « vision » faisant appel aux sons, à la chaleur, à l’odorat, aux vibrations...

Chez les vertébrés dont nous faisons partie, la pénombre du cerveau est éclairée par deux types de photorécepteurs protégés dans la rétine : les bâtonnets qui captent la lumière et les cônes qui permettent la vision des couleurs. Les premiers détectent grossièrement les formes contrairement aux seconds qui sont plus précis. Chez beaucoup d’animaux à l’activité crépusculaire et nocturne, les composants de l’œil sont modifiés bien que sa structure reste semblable. Le volume de l’œil est proportionnellement supérieur et la pupille est très développée de façon à favoriser la pénétration de la lumière (mais fait baisser la qualité de l’image). Le cristallin, qui joue le rôle d’une loupe est plus petit chez les nocturnes et enfin la rétine est largement pourvue en bâtonnets au détriment des cônes. Le chat possède ainsi 204 millions de bâtonnets contre 120 millions seulement pour l’homme. Par contre nous possédons 7 millions de cônes alors que le félin n’en possède que 3 millions. La capacité de détecter la luminosité résiduelle permet aux animaux vivant la nuit des performances supérieures à ceux vivant à la lumière du jour. Cela dit, aucun système oculaire ne permet de voir vraiment la nuit sans le secours d’autres capacités sensorielles. Les rapaces nocturnes ne voient rien dans la nuit noire où ils se dirigent grâce à une acuité auditive très spécialisée. Les poissons qui vivent dans l’eau, souvent trouble de nos rivières, font appel au toucher, à l’odorat, au goût et captent les vibrations ambiantes. Les chauves-souris ne sont pas aveugles, mais se déplacent et capturent leurs proies nocturnes grâce à un système d’écholocation par ultrasons. Certaines d’entre elles, comme du reste les crotales vivant dans la nuit des déserts américains, sont capables de saisir les ondes émises par la chaleur de leurs proies et utilisent donc une « vision » infrarouge.

Chez les insectes, les yeux sont composés de plusieurs dizaines de milliers de récepteurs qui captent la lumière. Leurs yeux sont donc la juxtaposition d’une multitude d’yeux élémentaires (les ommatidies). Les insectes nocturnes possèdent un système de vision par superposition qui permet d’augmenter la diffusion du flux lumineux dans chaque ommatidie. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’utilisent pas d’autres sens. Les papillons nocturnes que l’on dit « tympannés » possèdent la capacité d’entendre se rapprocher la chauve-souris dont ils sont la cible et de tenter de lui échapper par différentes acrobaties ou même en produisant des leurres sonores. Comme de nombreux vertébrés ils perçoivent aussi les ondes lumineuses de l’ultraviolet, trop rapides et donc inaccessibles à l’œil humain.

En définitive, notre perception essentiellement visuelle du monde qui nous entoure n’est qu’une réalité parmi d’autres, et nous avons de grandes difficultés à envisager d’autres images de celui-ci, qu’il soit diurne ou nocturne.

Olivier Prévost


Mise à jour de la page : 01/2013