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La nature à la une


La « passée »


Canard au crépuscule  © shaggy359 (Flickr)

Cette expression à connotation très fortement cynégétique se rapporte au comportement crépusculaire et matinal des oiseaux d'eau, tout particulièrement les canards et certains limicoles, et à la méthode de chasse qui s'y rattache, « la chasse à la passée ».
Ce comportement s'observe lorsque les oiseaux d'eau sont rassemblés en bandes importantes sur leurs sites d'hivernages. Ces espèces utilisent volontiers la capacité tactile de leur bec pour rechercher leur nourriture et n'ont donc pas besoin de lumière pour cette activité. Après une journée inscrite dans la sécurité d'un vaste plan d'eau ou en bord de mer, les oiseaux au crépuscule quittent cette zone de repos pour rejoindre un ou plusieurs lieux d'alimentation privilégié. Ils y resteront toute la nuit avant de regagner au matin la zone de repos diurne. Ces mouvements quotidiens débutent après le coucher du soleil (et bien avant le lever de celui-ci) et le plus souvent dans une pénombre avancée.
Le passage des canards est audible grâce au sifflement provoqué par les battements rapides des ailes et par de discrets cris de contact. Une fois en place, les animaux sont beaucoup plus loquaces et bruyants et l'on peut être surpris de l'animation qui règne au cœur de la nuit sur un étang ! Les canards consomment tant des végétaux que des invertébrés, quant aux limicoles ils capturent les invertébrés dans la vase à une profondeur que limite la taille de leur bec, variable selon les espèces.

La chasse « à la passée » consiste donc à se poster sur le passage des oiseaux au crépuscule ou à l'aube afin de les tirer. Cette pratique s'opère souvent autour des espaces protégés tels que les réserves où les oiseaux ont trouvé refuge pour la journée...
Il est évident que dans des conditions de tranquillité optimum, de nombreux oiseaux pourraient s'alimenter durant la journée. Plus dommageable certainement est la chasse à la tonne (littoral charentais) ou à la hutte, sorte d'affut en dur posé au bord d'une zone d'alimentation. L'utilisation de formes ou d'appelants attire les oiseaux sauvages qui sont tirés posés sur leur site de nourrissage. On comprend aisément que ce type de chasse handicape grandement le comportement des oiseaux qui n'ont parfois pas la possibilité de se poser pour s'alimenter, et par conséquent la santé des populations hivernantes. Par ailleurs, le nombre exceptionnel de plomb de chasse tombés dans l'eau des habitats aquatiques d'alimentation a créé dans plusieurs régions un empoisonnement des oiseaux victimes de saturnisme. Les plombs de chasse sont désormais interdits pour la chasse au gibier d'eau.

Olivier Prévost