La nature à la une
Être nocturne

Paysage de nuit - CJ Schmit (Flickr)
Les vicissitudes de l'évolution ont conduit des espèces animales vers l'obscurité, en développant des adaptation sensorielles leurs permettant de réagir immédiatement aux contraintes de leur environnement : alimentation, fuite, déplacement... En occupant l'espace nocturne ces espèces se sont affranchies de la compétition avec les espèces vivant le jour et ont occupé une multitude de niches écologiques vacantes. Leurs orientations sensorielles sont essentiellement olfactives et auditives, laissant la suprématie de l'œil et d'une vision en couleurs aux animaux diurnes, dont nous faisons partie.
Sans le support d'une source lumineuse l'environnement nocturne constitue pour beaucoup d'humains un obstacle à toute activité. Comportement que nous partageons avec la plupart des primates. À l'opposé, les chauves-souris et quelques autres sont de vrais nocturnes pourvus d'un système d'écholocation extrêmement perfectionné. Le métabolisme des petites espèces (rongeurs, insectivores) implique de nombreuses phases d'activités qui s'enchainent nuit et jour sans discernement. Et pour d'autres ce sont les conditions créées par l'homme qui les ont repoussés vers la nuit pour se préserver de la chasse et des multiples sources de dérangements .
La proportion d'animaux purement nocturnes chez les mammifères est de l'ordre de 30%. Chiffre qu'il faut diviser par 10 chez les oiseaux où seuls chouettes et hiboux, engoulevents et apparentés et quelques autres ont une activité diurnes quasi inexistante. Évitant la chaleur solaire, la plupart des amphibiens, et beaucoup d'invertébrés (les mollusques par exemple), ont une activité en grande partie ou strictement nocturne comme la salamandre. Les vocalises nocturnes (des amphibiens mais aussi du rossignol) offrent la garantie de se faire mieux entendre dans un environnement nettoyé du brouhaha sonore de la journée. Chez les insectes la proportion d'espèces nocturnes est très importante comme d'ailleurs le montre le ratio entre lépidoptères diurne et nocturnes, largement en faveur des seconds.
Même chez les plantes, pourtant privées de photosynthèse, on observe des espèces ouvrant la nuit leur corole. Elles sont une minorité sous nos latitudes, mais plus nombreuses dans les forêts ombrophiles tropicales où des chiroptères pollinisateurs se chargent d'intervenir dans leur processus de reproduction.
Malgré des moyens d'étude en constante évolution, la biodiversité nocturne qui s'éveille au crépuscule et s'éteint avec l'aube, reste encore assez mystérieuse et difficile à étudier. Échappant en grande partie à notre capacité de perception sensorielle, nous devons oublier l'inquiétude antédiluvienne qui tenaille l'être humain face à l'obscurité et aller à sa rencontre avec la curiosité du découvreur.
Olivier Prévost
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