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Le castor

Statut passé du castor dans la vienne

Une disparition discrète

La régression du castor en France est étonnamment mal documentée. Les informations publiées jusqu’à présent se limitent en effet à signaler sa présence probable sur tout le territoire jusqu’à la fin du Moyen Âge, époque à laquelle la plupart des populations semblent s’éteindre progressivement sous la pression d’une chasse intensive pour la peau et le castoréum. Ce n’est que dans la dernière partie du XIXe siècle que plusieurs naturalistes s’alarment du traitement imposé aux derniers castors du Rhône. La chasse au castor rhodanien est interdite en 1909, mesure qui assurera la sauvegarde de l’espèce dans notre pays.

L’histoire du castor dans la Vienne n’échappe pas à ce schéma et, comme dans d’autres régions françaises, seule la toponymie peut nous rappeler sa présence ancienne. Par exemple,  La Boivre est traditionnellement considérée comme une ancienne rivière à castor, son nom dérivant de bièvre, ancienne appellation du rongeur (Vigneaud et Guy, n.d). Affirmation que vient cependant contredire Gauthier (1996) qui voit dans l’origine de l’hydronyme Boivre le verbe bas-latin biberare « abreuver », soulignant la fonction de la rivière.
Les indices sont en fait bien pauvres.

Quoiqu’il en soit les témoignages de l’existence passée du castor dans la Vienne sont dans l’état actuel de nos connaissances, quasiment inexistants. Peut-être en raison de leur ancienneté et, de fait, de la difficulté de les exhumer d’archives probablement éparses.

Une tentative de réintroduction

Les expériences de réintroduction entreprises en Suisse à la fin des années soixante, ont inspiré plusieurs groupes de passionnés français désireux de voir de nouveau des castors évoluer dans les rivières locales. La Vienne se trouvait parmi les quelques régions qui tentèrent l’aventure de la réimplantation du castor (Blanchet, 1994). En 1970-71, 4 ou 5 animaux capturés sur la Durance et la Drôme, furent lâchés dans le camp militaire de Montmorillon. Ce projet mené par la Société Poitevine de Protection de la Nature avec l’aval du Père Bernard Richard, spécialiste du castor, se solda par un échec. Trois des castors ont été retrouvés morts, l’un visiblement de mort naturelle, l’autre écrasé par une voiture et le troisième tué par un garde l’ayant confondu avec une loutre ! (Plat, com. pers.).
L’expérience s’arrêta là.
Etonnamment, une plaquette éditée par la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature au début des années quatre-vingt, signale le castor dans la Vienne. Pourtant, à cette époque les animaux introduits avaient déjà disparu du département. L’échec de cette tentative est probablement dû au choix du site de réintroduction constitué de plusieurs étangs dans un secteur de lande et peu favorable (Rouland, 1992).

Un retour naturel réussi

A la même période, la réintroduction du castor est l’objet de plusieurs lâchers sur les bords de la Loire. De 1974 à 1976, 13 animaux originaires de la vallée du Rhône sont libérés entre Blois et Beaugency, dans le Loir-et-Cher (Miège, 1989). Cette nouvelle population sera le point de départ de la colonisation de la Loire moyenne et de ses affluents (Figure 1). La distribution du castor, dans la partie aval des zones de lâcher, évolue ensuite de la façon suivante :

  • 1979 : un animal pionnier est signalé près de Langeais en Indre-et-Loire (Jollivet, 1981).
  • 1984 : plusieurs territoires sont identifiés entre Tours et Langeais (Guillemot 1986).
  • 1981 : apparition de l’espèce en Maine-et-Loire (49). L’installation du castor (territoire) dans ce département est située en 1985 (Pailley et Pailley, 1995).
  • 1993 : première citation sur le cours de la Vienne sur la commune de Cinais (37) (Senotier, com. pers.).
  • 1995 : sur la Vienne, 3 territoires sont mentionnés sur les communes de Candes-St-Martin (37), St-Germain-sur-Vienne (37) et Savigny-en-Véron (37) (Pailley et al., 1995).
  • 1997 : sur la Vienne, un territoire probable et des traces d’activités sont notés sur l’Ile Macchabée, commune de L’Ile Bouchard (37) (Senotier, com. pers.).

Le castor est donc, lors de cette dernière observation, à une vingtaine de kilomètres de notre département et de la confluence Vienne-Creuse. Poursuivant leur progression vers le sud, les animaux pionniers vont probablement buter sur le barrage de Maison Rouge. Le démantèlement de celui-ci en 1998 offre au castor de nouveaux territoires à conquérir dans l’ensemble des bassins de la Vienne et de la Creuse.

Si le cours de la Vienne représente l’axe principal de colonisation, il ne faut pas négliger trois autres possibilités offertes aux castors pour atteindre notre département et celui des Deux-Sèvres.
Il s’agit d’une part de deux affluents de la Vienne :
- la Veude, qui prend sa source dans notre département, traverse principalement les communes de St-Christophe et St-Gervais-les-Trois-Clochers pour se jeter dans la Vienne à Anché (37),
- le Négron, qui traverse les communes de Beuxes et Sammarçolles et dont la confluence se situe en aval de Chinon (37).

Et d’autre part, d’un affluent du Thouet :
- la Dive du Nord, qui prend sa source dans les environs de Mazeuil près de Mirebeau, se jette dans le Thouet à Saint-Just-sur-Dive (49), après avoir navigué entre Vienne et Deux-Sèvres sur plus de 50 km. Cette rivière possède deux affluents, la Briande (15 km) et le Prepson (18 km).

Ce bassin hydrographique est accessible aux castors installés sur la Vienne et à ceux qui occupent la Loire jusqu’à Angers.

Présence dans le département de la Vienne

Recherche des indices

coupe d'arbuste

La recherche du castor est grandement simplifiée par les indices très visibles qui trahissent sa présence. Nous utiliserons à l’occasion le terme de symptômes proposés par Blanchet (1994) pour parler des indices de présence de castor.

Traces d’alimentation

Coupes d’arbres ou d’arbustes aux abords immédiats des berges, réfectoires, branches sectionnées, troncs ou branches écorcés.

Empreintes

Les empreintes sont plus délicates à découvrir.


Crotte de castor                                                                                      Empreintes dans la vase

 


Trace laissée par la queue d'un Castor sur le sable

Enfin les terriers, huttes et dépôts de castoréum peuvent être découverts dans les secteurs où des animaux sont installés de façon durable.

Dans le contexte d’une colonisation récente ou en cours, comme c’est le cas dans la Vienne, les indices peuvent être extrêmement disséminés et par conséquent plus difficiles à découvrir. Ainsi un écorçage de faible ampleur (quelques cm²), auquel on peut attribuer une fonction de marquage territorial, peut-il passer facilement inaperçu.

L’idéal pour la recherche d’indice de castor est de parcourir un cours d’eau en bateau. En l’absence d’un tel moyen, il est nécessaire de parcourir les berges au plus proche de la rivière, le castor s’éloignant peu de celles-ci pour s’alimenter. La découverte de bois flottés sur les berges permet d’envisager la présence du castor plus en amont.
Les prospections menées dans le département ont été réalisées par voie de terre. Selon les possibilités d’accès aux rives, des tronçons de longueur variable ont été inspectés minutieusement, de préférence dans des zones d’apparences favorables à l’espèce. Les secteurs pourvus d’une ripisylve suffisamment développée ont ainsi été privilégiés afin d’optimiser les chances de découverte.

Premiers contacts

Les premiers indices de présence de castor ont été découverts en mars 2001, à l’aplomb du village d’Antogny (37). Ces symptômes consistaient en une dizaine de Frênes (diam. max. 10 cm) fraîchement coupés et rongés. A la même période les prospections sur la rive gauche entre Antogny et Les Ormes, ainsi qu’en amont de Dangé-Saint-Romain (Fossé Bouet) sont restées sans résultat. Comme on va le voir en examinant la situation actuelle du castor dans la Vienne (hiver 2002-03), il est fort probable que l’arrivée des premiers animaux soit antérieure à cette observation, tant sur la Vienne que sur la Creuse (2000 ?).

LE CASTOR DANS LA VIENNE : SITUATION EN HIVER 2002-2003

Des prospections ont été menées de novembre 2002 à février 2003 sur différents tronçons de la Vienne, de la Creuse, de la Gartempe, de l’Anglin et leurs principaux affluents, ainsi que sur la Dive du nord. Elles ont permis d’établir une carte du réseau hydrographique colonisé par le castor dans notre département (Figure 2). Il va de soi que ces informations sont inévitablement incomplètes. Les symptômes de présence de l’animal sont en effet parfois très localisés et peuvent passer facilement inaperçus si l’on ne les recherche pas sur l’ensemble du linéaire de la rivière. En revanche, les sites régulièrement fréquentés par l’espèce sont facilement identifiables.

CONCLUSION

Les opérations de réintroduction réalisées sur la Loire dans les années soixante-dix doivent être considérées comme un succès (Rouland, 1992). Les derniers recensements effectués en 1996-97 dans la région Centre, indiquent l’existence de 109 territoires dont 84 certains pour une population minimum estimée à 600-700 animaux (Senotier et al., 2000). Avec l’arrivée du castor dans notre département, nous bénéficions maintenant du travail mené en amont par les naturalistes artisans de ces projets de réintroduction. La présence du Castor dans la Vienne contribue de façon majeure à l’enrichissement de la biodiversité régionale. Notre rôle est donc de favoriser la colonisation et le maintien de cette espèce, non seulement dans les zones déjà fréquentées, mais aussi dans celles qui sont susceptibles de l’abriter à l’avenir.
Dans ce but il est indispensable d’envisager une série de mesures de conservation et de restauration des milieux d’accueil. L'étude de la colonisation et l'implantation du castor sur le cours de la Vienne, de la Creuse et leurs affluents réalisée dans le cadre du Plan Loire Grandeur Nature a pour objectif de :

  • Maintenir et/ou créer des secteurs favorables pour les gîtes des castors (îles, ripisylves, …).
  • Aménager les infrastructures hydrauliques (obstacles infranchissables comme les barrages).
  • Protéger les plantations, le Castor pouvant occasionner des dégâts aux plantations d’arbres riverains, et tout particulièrement aux peupleraies.
  • Suivre la colonisation suite aux opérations d'aménagement.
  • Arrêter des campagnes d’empoisonnement à la bromadiolone dans la lutte contre les Ragondins et favoriser l’utilisation des pièges-cages.

Ces actions ne pourront se mettre en place qu'avec la collaboration de tous les acteurs de terrain en contact avec le milieu aquatique (rivière). Pour cela, la création d'un réseau départemental associant l'ensemble des partenaires (Syndicats de rivières, ONCFS, CRPF, Chambre d'Agriculture, CSP, Fédération Départementale de la Pêche, Associations de Protection de la nature, etc.) est primordiale.

En effet, l’installation durable du castor sur nos rivières dépendra de notre aptitude dans les domaines de la sensibilisation des riverains et des collectivités locales, de l’amélioration ou de la restauration des ripisylves, de la prévention des dégâts potentiels et du suivi de la population. Ce n'est qu'a ce prix que le Bièvre pourra réintégrer la faune locale de nos rivières dans les meilleures conditions.

CASTOR D’EURASIE Castor fiber (Linné, 1758)

Autre nom : l’appellation ancienne « bièvre » et ses dérivés se retrouve dans la toponymie locale.
Origine : espèce indigène d’Europe et d’Asie.
Histoire et répartition :
Carte de répartitionAu Moyen Age, le Castor était répandu partout en Europe. La diminution des populations, amorcée dès le XIIème siècle en Angleterre ou en Espagne, s’accentua de façon dramatique au XVIIème siècle, amenant sa disparition dans plusieurs pays : Suisse (1804), Hollande (1825), Finlande (1868), etc. La chasse et le piégeage (fourrure, viande, castoréum) puis la destruction de son habitat, furent les principaux facteurs de régression. En 1900, il ne restait qu’environ 1200 castors en Europe, répartis dans cinq foyers isolés en Allemagne, Norvège, Biélorussie, Russie ainsi qu’en France, où une petite population subsistait dans la basse vallée du Rhône. La protection des populations relictuelles ainsi que de nombreuses opérations de réintroduction à partir de 1950 permirent au castor de recoloniser une partie des territoires dont il avait disparu.
En France, il est actuellement présent dans tout le couloir rhodanien, en Alsace et le long de la Loire. La population totale est estimée à quelques milliers d’animaux.
L’introduction de quelques individus dans la Vienne début 1970 se solda par un échec. La colonisation du bassin de la Vienne à partir de la population ligérienne est notée en 1995 en Indre-et-Loire. Aujourd’hui, l’arrivée du castor dans notre département est imminente, voire effective !

ÉCOLOGIE ET BIOLOGIE.

Habitat :
Espèce semi-aquatique. Le Castor fréquente les eaux courantes lentes ou les eaux stagnantes, permanentes, avec une importante et indispensable végétation riveraine (Saules, Peupliers en particulier). Creuse des terriers avec entrée immergée dans les berges, ou une hutte de branchage, flottante et imperméable (rare en France).

Reproduction :
Période d’accouplement : janvier à mars. Élevage : 2-3 mois.
Gestation : 15 semaines environ. Maturité sexuelle : 2 ans.
Nombre de portées par an : 1 avec de 1 à 6 petits. Longévité : jusqu’à 20 ans.

Mœurs :
Peu sociable, vit en groupe familial. Selon la richesse du milieu, la taille du territoire varie de 0,5 à 5,5 km linéaire. Le castor s’éloigne peu de part et d’autre d’un cours d’eau.

Mortalité :
Pas de prédateur en France. Tularémie. Trafic routier. Dépérissement hivernal.

Alimentation :
Végétarien strict, il consomme les parties ligneuses des arbustes (peupliers, saules, trembles) de l’automne au printemps. En été, il préfère des plantes aquatiques et des feuilles de saules. Il peut couper des arbres d’un diamètre de 20 cm et plus.

Activité :
Actif toute l’année. Nocturne et crépusculaire en l’absence de dérangement.

DESCRIPTION ET DÉTERMINATION.

Taille : corps, 75-90 cm, queue, 28-38 cm.
Poids : 12-38 kg.
Dentition : 20 dents.

C’est le plus gros rongeur européen. Silhouette lourde et massive, aspect trapu. La fourrure varie du gris-brun au brun sombre. Tête grosse, oreilles petites. Queue caractéristique en forme de palette, large et écailleuse. Incisives orangées. Seuls les pieds postérieurs sont palmés. Les mains sont préhensibles.
Sur terre : se déplace lentement et court très mal. Peut se déplacer en portant un fardeau (jeune branche), s’appuyant alors sur ses postérieurs et la queue.
Dans l’eau : nage et plonge très bien. Peut rester jusqu’à 14 minutes sous l’eau. Quand il nage le corps est assez enfoncé dans l’eau. La queue est utilisée comme gouvernail et propulseur en nage immergée. Elle sert également à frapper l’eau violemment en cas de danger.

Traces et indices.

Empreintes : les pieds postérieurs laissent de grandes empreintes (la palmure marque sur terrain mou) 15 x 10 cm. Proportionnellement les pattes antérieures sont de petite taille : 3,5 x 4,5 cm. Les griffes sont visibles. La queue peut laisser une large traînée.

Crottes : émises dans l’eau, elles disparaissent vite et sont rarement visibles.
Indices d’activité : le castor trahit sa présence de façon voyante. Ses « chantiers » constitués d’arbres et d’arbustes abattus, de troncs rongés, de copeaux, et ses constructions, huttes, barrages, digues sont sans équivalent. Les troncs sont taillés en pointe de crayon, les branches en biseau. Ces indices de présence sont en général à proximité de l’eau (au plus à quelques dizaines de mètres).

Statut de protection : Le Castor est protégé en France depuis 1968. Il est inscrit à l’Annexe II et l’Annexe IV de la Directive Européenne « Habitat-Faune-Flore ».


Mise à jour de la page : 04/2015