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LGV Poitiers-Limoges

Vienne Nature a déposé un argumentaire lors de l'organisation de la Commission du débat public montrant en quoi ce projet est indéfendable dans une perspective de développement durable. Ce document est disponible ci-dessous, n'hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez en savoir plus.

cahier d'acteur : LGV Poitiers-Limoges Cahier d'acteur de Vienne Nature : LGV Poitiers-Limoges
- Commission du débat public - pdf 1,3 Mo

cahier d'acteur : LGV Poitiers-Limoges Enquête publique : Mise en conformité des documents d'urbanisme (avis Vienne Nature) - pdf 300 ko

LGV Limoges-Poitiers - Résurrection d'un zombie

Communiqué de presse du 05 janvier 2012

D’enterrements en résurrections, les lobbyistes de ce projet indéfendable ressassent sans vergogne les mêmes contre-vérités

Une amorce de liaison grande vitesse de l’Atlantique à l’Oural ?
Archi-faux : ce n’est qu’un barreau sans issue à l’Est greffé sur la LGV Tours-Bordeaux pour en gonfler le trafic. L’ouverture à l’Est se prépare par Nantes-Vierzon, récemment électrifié.

Une contribution à la réduction des émissions de Gaz à effet de serre ?
Ce tronçon exclusivement voyageur n’aurait aucun impact sur le trafic poids-lourds ; mais accroîtrait le recours à la voiture. En privant la ligne actuelle du trafic de bout en bout il la condamnerait à la mort lente, avec suppression des dessertes locales et enclavement du Sud Vienne... Quant au bilan carbone du chantier : trop lourd pour que RFF se risque à l’évaluer !

Ce serait la seule solution pour raccorder Limoges au réseau grande vitesse ?
Pas de chance : la SNCF vient d’affirmer sa préférence pour un raccordement de Limoges sur la LGV en projet entre Paris-Orléans et Clermond Ferrand ! Or les prochaines assises du ferroviaire vont redistribuer les rôles et rendre peut-être du pouvoir de décision à la SNCF…

Pas de salut pour Limoges hors nouvelles LGV ?
Encore pas de chance : le gouvernement a finalement garanti aux élus la rénovation de l’axe historique Paris-Orléans-Limoges-Toulouse ; sa modernisation pourra mettre Limoges à 2h15 de Paris.

Retombées économiques ?
Le gain de mobilité ne concernerait, comme d’habitude, que certaines couches sociales non rebutées par le prix du billet TGV ; la SNCF elle-même a déclaré irréalistes les prévisions de trafic brandies par RFF. Et l’on sait qu’une LGV, loin de suffire à créer des emplois, aurait plutôt tendance à accroître la force d’attraction parisienne.

Un projet respectueux de l’environnement ?
Le retour d’expérience de Tours-Bordeaux est sans appel : on ne peut pas adapter le cahier des charges de la Grande Vitesse aux spécificités des territoires. Ce serait encore plus vrai entre Limoges et Poitiers : cadre de vie détruit faute d’aménagements anti-bruit ; vallées barrées par d’énormes remblais ; zones humides, bocages, boisements coupés et compartimentés, rivières déviées. Quant aux espèces protégées et leurs habitats, les mesures dites « compensatoires » imposées par la loi servent d’abord au concepteur à s’autoriser à ne pas éviter les zones sensibles.

Nuisible en terme d’aménagement du territoire, ce projet serait écologiquement désastreux, quels que soient tracés et aménagements.
La dernière mouture le montre bien : l’obsession de la grande vitesse entraîne la destruction irréparable des continuités écologiques et des paysages. Poitiers s’est engagé à financer sans évaluer ni les dégâts sur notre capital de biodiversité ni les investissements rentables dont la LGV nous privera.
Une seule solution : une deuxième étape de rénovation de la ligne actuelle avec électrification.
Vive un trafic cadencé de TER rapides irriguant le territoire entre Limoges et Poitiers. Ce serait enfin une réelle alternative à la voiture. C’est un challenge pour cette décennie, autrement plus ambitieux et moderne que le dogme archaïque de la Grande Vitesse hérité des années 70.

Lettre ouverte au Collectif anti-LGV Poitiers-Limoges

Nous avons pris connaissance avec étonnement de la réponse du Président de la Communauté d’Agglomération de Poitiers et de ses Vice-présidents à votre lettre ouverte.
Nous ne sommes pas tant surpris par la défense inconditionnelle du projet de LGV, déjà connue, que par l’argumentation. En effet, le projet défendu n’est pas celui porté par RFF mais un autre projet : une liaison Nantes-Clermont par Poitiers qui n’existe que dans l’imaginaire des signataires. Saluons ici l’honnêteté, sur ce point, de RFF : il n’ a jamais laissé entendre qu’un tel projet était dans les cartons et rappelle sans cesse que le projet de LGV Limoges-Poitiers est exclusivement destiné à mettre Limoges à 2 heures de Paris via Poitiers.
Certes RFF a évoqué l’éventualité d’un train Limoges-Nantes, mais par Tours ! Jamais d’allusion à la création d’une ligne directe Poitiers-Nantes. Plus fort encore, le projet se voit métamorphosé par un coup de baguette magique en « barreau » d’une liaison Nantes-Europe de l’Est et nous voici embarqué dans le mirage d’un Poitiers noeud ferroviaire stratégique entre Atlantique et Oural... Nos élus ignorent-ils vraiment que Clermont-Ferrand sera relié au réseau LGV par Orléans et que le Comité de Pilotage de ce dédoublement de Paris-Lyon travaille depuis déjà un an ? Il semble que les signataires parlent plus ici en porte-paroles de l’Association ALTRO qu’en tant qu’élus, et ce n’est pas vraiment nouveau.
Quant à la thèse d’une LGV faisant la « courte échelle » aux TER grâce à une gare multimodale, elle renvoie à une position ancienne de déni concernant la gare nouvelle et se contredit elle-même : si la gare nouvelle ne se faisait pas, ce serait pour cause de nonsaturation de la gare historique, faute d’intensification du trafic TER et faute de ferroutage, ce que personne ne souhaite. Et quand cette solution de désaturation s’imposera, l’arrivée d’une éventuelle LGV de Limoges dans la gare actuelle ne favoriserait vraiment pas l’intermodalité.
Ce sont les derniers paragraphes qui constituent notre sujet majeur d’étonnement, en particulier le souhait portant sur « des aménagements visant à limiter les nuisances, quelle qu’en soit la nature ». Comment les signataires peuvent-ils vous faire des promesses rigoureusement identiques à celles qu’ils n’ont pas tenues dans le dossier de la LGV Tours-Angoulême ?

Rappelons qu’en matière de protection contre le bruit, la CAP a accepté de financer sans avoir obtenu la plupart des aménagements décisifs demandés par les Maires et les Associations, alors même qu’elle avait conditionné sa participation financière, lors des délibérations antérieures, à la satisfaction de ces demandes. Pas d’écrans acoustiques sur les deux viaducs de l’Auxance, pas de tranchée couverte à Migné-Auxances, pas de mur antibruit à Fontaine Le Comte,etc. Pire, la CAP a accepté qu’à Migné-Auxances et Poitiers, RFF - ou plutôt le concessionnaire- fasse l’économie d’une tranchée couverte en élargissant considérablement le périmètre de destruction des maisons !
Dans l’espoir de sauver sa gare historique, l’ancien Président de la CAP a obtenu un tracé -non étudiée à l’origine par RFF -qui minore la longueur des raccordements en renonçant à contourner l’agglomération. Le tracé retenu sabre dans le tissu suburbain de CINQ de ses communes, mais la CAP ne s’est jamais battu pour imposer à RFF les aménagements de protection qu’un tel choix implique.
En matière de sauvegarde des milieux naturel, la CAP ne nous a apporté aucune aide, alors qu’elle est concernée sur Chasseneuil et Migné par la Zone de Protection Spéciale du Neuvillois, zone Natura 2000 vouée à la protection de l’avifaune de plaine. Faute de pression réelle de la part des financeurs, nous n’avons pu obtenir de RFF ni le moindre effort d’évitement ni le financement de mesures compensatoires à hauteur de l’enjeu : la survie d’une espèce en grave régression, l’Outarde Canepetière migratrice, dont le Poitou-Charentes est le dernier refuge en France. Ne parlons pas des destructions de zones humides et de paysages (franchissements de l’Auxance et de la Boivre en particulier).
Bref, la CAP a toujours eu pour stratégie de ne rien faire qui pourrait mettre en péril le calendrier et alourdir un financement déjà bien difficile. Comment pourrait-il en être autrement pour le projet Limoges-Poitiers ?
S’agissant de la LGV Tours-Angoulême, nous sommes contraints de former, dans le cadre de Poitou-Charentes Nature et de France Nature Environnement, un recours contentieux contre la DUP auprès du Conseil d’Etat et avec la LPO un recours auprès des instances européennes sur les zones Natura 2000.
Nous vous renouvelons notre soutien pour un abandon du projet de LGV au profit d’une rénovation lourde de la ligne actuelle : électrification, signalisation moderne, éventuels tronçons à 2 voies dans la partie centrale. Nous rappelons que l’utilisation de cette ligne constitue une variante de l’option « centrale » retenue par RFF : c’est une des conclusions du « débat public » auquel se réfèrent sans cesse les défenseurs du projet. Nous demandons l’étude approfondie de ces possibilités de rénovation par un bureau d’études indépendant sur financement par le Comité des Financeurs.

Avec nos encouragements et nos sentiments cordiaux

le président de Vienne Nature
Olivier Prévost


Mise à jour de la page : 10/2015